À la veille de la Fête de la République, l’UGTT dénonce un pays « à l’opposé des promesses »
À la veille de la Fête de la République, l'UGTT dénonce un pays « à l'opposé des promesses » - BN TV Business News

À la veille de la Fête de la République, le secrétaire général de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), Slaheddine Selmi, a prononcé, vendredi 24 juillet 2026, un discours au ton particulièrement sévère. Revenant sur les cinq dernières années, il a estimé que les promesses de développement, de lutte contre la corruption et d’amélioration des conditions de vie avaient laissé place à une crise qui touche désormais tous les secteurs. Il a appelé, en parallèle, à une révision des politiques publiques et à la reprise du dialogue.
Pour Slaheddine Selmi, l’anniversaire de la proclamation de la République ne doit pas se limiter à une simple commémoration historique. Il constitue avant tout un moment pour réaffirmer les principes fondateurs de la République : les libertés, la justice, l’équilibre entre les pouvoirs et la reconnaissance du rôle des organisations nationales indépendantes dans la construction du pays.
Le secrétaire général de l’UGTT a ensuite dressé un bilan sans concession des cinq dernières années. Il a rappelé que cette période s’était ouverte sur de nombreuses promesses : bâtir une « nouvelle Tunisie », lutter contre la corruption, relancer le développement, créer des emplois et améliorer les conditions de vie des citoyens. « Le bilan que constate aujourd’hui le citoyen est totalement à l’opposé de ces promesses », a-t-il affirmé.
À ses yeux, cette réalité se traduit par une succession de crises qui affectent désormais le quotidien des Tunisiens. Baisse du pouvoir d’achat, flambée du coût de la vie, dégradation des services publics, difficultés dans les secteurs de la santé, de l’éducation, des transports, mais aussi de l’électricité, de l’eau, des médicaments et des caisses sociales : autant de signes qui témoignent, selon lui, d’une crise profonde et durable plutôt que de difficultés passagères.
Slaheddine Selmi a également critiqué la manière dont le pays est gouverné depuis plusieurs années. La concentration des décisions, la mise à l’écart des organisations nationales et de la société civile ainsi que l’absence de dialogue n’ont fait, a-t-il estimé, qu’accentuer les tensions, alimenter la perte de confiance et renforcer le sentiment d’impasse chez de nombreux citoyens.
Évoquant les récentes perturbations dans les secteurs de l’électricité, du gaz et de l’eau, le secrétaire général de l’UGTT a estimé qu’elles devaient conduire les autorités à revoir leurs politiques publiques, à renforcer l’investissement et à préserver les entreprises publiques. Il a, à ce titre, réaffirmé le refus de la centrale syndicale de toute cession, totale ou partielle, de ces établissements.
Le secrétaire général de l’UGTT s’est également élevé contre la tendance à faire porter aux agents et aux fonctionnaires la responsabilité des dysfonctionnements des services publics. Il a rappelé que ces derniers ne définissent ni les politiques publiques, ni les priorités d’investissement, ni les budgets de l’État, tout en étant les premiers à subir les conséquences des décisions prises.
Au-delà des critiques, Slaheddine Selmi a défendu la vision portée par l’UGTT. Celle-ci repose, a-t-il expliqué, sur le dialogue, la protection de l’État social, le redressement des entreprises publiques, la réforme des caisses sociales, une justice fiscale plus équitable, la lutte contre la corruption et les monopoles, l’encouragement de l’investissement productif ainsi qu’un développement plus équilibré entre les régions.
Il a également estimé que la souveraineté nationale ne pouvait se résumer aux discours, mais devait se mesurer à la capacité de l’État à garantir la dignité de ses citoyens, à bâtir une économie solide et à préserver une décision nationale indépendante.
En conclusion, Slaheddine Selmi a réaffirmé l’attachement de l’UGTT aux libertés publiques et individuelles, à la liberté syndicale et au dialogue social, qu’il considère comme des piliers de la République. Une République qui restreint les libertés, qui ne garantit pas la justice et qui ne reconnaît ni le dialogue ni la société civile perd, a-t-il conclu, l’un des principaux fondements de sa force et de sa stabilité. Il a enfin assuré que l’UGTT continuerait à défendre « les travailleurs, la liberté et la justice sociale », se présentant comme une force de proposition au service de l’intérêt national.
M.B.Z