Le 25 juillet 1957: Adieu à la monarchie et bienvenue à la République en Tunisie
Le 25 juillet 1957, la Tunisie tourne une nouvelle page de son histoire : la monarchie husseinite, vieille de 252 ans, tombe sans effusion de sang et sans

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Le 25 juillet 1957: Adieu à la monarchie et bienvenue à la République en Tunisie
le Colonel Boubaker BENKRAIEM
25 juillet 2026
8 min de lecture
Le 25 juillet 1957, la Tunisie tourne une nouvelle page de son histoire : la monarchie husseinite, vieille de 252 ans, tombe sans effusion de sang et sans émoi. Le Bey, incarnation et symbole du pays, est déchu par une résolution de l’Assemblée constituante. Comment en est-on arrivé à abolir, sans coup férir, une monarchie tricentenaire pour lui substituer le régime républicain ?
Au lendemain de l’indépendance, la Tunisie expérimente un régime politique inédit : la monarchie limitée: le Bey se voit gratifier du titre tonitruant de Roi, auquel aucun de ses prédécesseurs husseinites n’a prétendu.
La France, ayant occupé l’Algérie en 1830, décida d’étendre son hégémonie sur toute l’Afrique du Nord en imposant son pouvoir à la Tunisie et au Maroc. Cette opération a été réalisée en 1881 et 1912 sous la forme de protectorats, alors que l’Algérie était une colonie.
Les peuples maghrébins, après des décennies de léthargie et d’attentisme, se sont, enfin, réveillés de leur somnolence et de leur torpeur. Ayant utilisé maintes formes d’opposition au colonialisme français dont la guérilla pour la Tunisie et le Maroc et la guerre pour l’Algérie, ils ont, enfin, obtenu l’indépendance en 1956 pour la Tunisie et le Maroc, et en 1962 pour l’Algérie.
Cependant, le 25 juillet 1957, la Tunisie tourna une nouvelle page de son histoire : la monarchie husseinite, vieille de 252 ans, tombe sans effusion de sang et sans émoi. Le Bey, incarnation et symbole du pays, est déchu par une résolution de l’Assemblée constituante. Comment en est-on arrivé à abolir, sans coup férir, une monarchie triple centenaire pour lui substituer le régime républicain ?
Au lendemain de l’indépendance, la Tunisie expérimente un régime politique inédit : la monarchie limitée : le Bey se voit gratifier du titre tonitruant de Roi, auquel aucun de ses prédécesseurs husseinites n’a prétendu. En contrepartie, il abandonne son titre obsolète de “ possesseur du royaume de Tunis”, mais celui-ci n’a jamais été soumis au vote. Pourquoi ? En arrière-plan, Bourguiba, le leader incontestable et incontesté de tout le pays qui a connu, avant l’indépendance, en Tunisie et en France les prisons, les déportations et l’exil, manœuvre avec brio : avant de s’attaquer à l’institution beylicale, il s’attache à consolider les fondements de l’Etat nouvellement émancipé, cherche à asseoir son propre pouvoir et règle les conflits les plus urgents avec l’ex-puissance occupante. Cela étant, on ne sait à quelle date l’idée d’abolir la monarchie a germé dans l’esprit du Combattant Suprême.
Aussi, en examinant les causes sous-jacentes de la déposition du Bey, on constate qu’aucune crise affectant les relations du Bey avec le gouvernement n’a précédé cet évènement. Le projet semble avoir mûri chez Bourguiba depuis longtemps. Certaines sources françaises lui ont même prêté l’intention de proclamer l’institution de la République le 1er juin 1957, date anniversaire de son retour en Tunisie. Projet manqué : la crise ouverte avec la France, suite à la suspension de son aide, l’amène à reporter l’exécution de quelques semaines.
La déposition du Bey est soumise, dans un premier temps, à l’approbation du gouvernement et du Bureau politique du Néo-Destour qui entérinent sans difficulté la décision de leur chef, puis à l’Assemblée nationale constituante, convoquée le 25 juillet 1957. Prenant la parole devant les constituants réunis au Bardo, dans la salle du Trône, Bourguiba fait le procès de la monarchie. Les arguments du réquisitoire reposent sur une lecture assez bien ciblée de l’histoire.
Au fait, c’est “Dans la salle brillamment illuminée, où durant deux siècles et demi tous les souverains de la dynastie husseinite ont reçu, dans les grandes occasions, l’hommage de leurs sujets, les portraits des beys qui régnèrent sur le pays n’avaient pas encore été enlevés.” (Le Monde, 26 juillet 1957) que Bourguiba, le Chef du gouvernement, accuse la dynastie husseinite de félonie, monte en épingle « ses compromissions » avec le Protectorat français et dénonce « les malversations des princes ». La cause est gagnée. Devenue subitement obsolète, l’Assemblée constituante vote, à l’unanimité, une résolution qui abolit le régime monarchique, proclame la République et attribue à Habib Bourguiba la charge de chef de l’Etat avec le titre de président de la République. Mais qui est, donc, Habib Bourguiba ?
De tous les hommes d’Etat d’une époque qui en connaît beaucoup de flamboyants ou d’abusifs, Habib Bourguiba est, probablement, celui dont le nom se confond le plus totalement avec la fondation et les premiers développements d’un Etat. Créateur de la première organisation qui posa avec sérieux le problème de l’indépendance, militant, chef de parti et d’insurrection, négociateur, prisonnier, libérateur de territoire, fondateur de l’Etat, “combattant suprême” et guide incontesté, il aura dominé de sa puissante personnalité la vie du peuple tunisien et imprimé sa marque et sa pensée, pour le meilleur et pour le pire, sur le nouvel Etat. De retour de Paris, après avoir terminé ses études, il constate le cruel décalage entre les principes libéraux, base de l’enseignement reçu en France, et la pratique quotidienne coloniale en Tunisie. Très vite, il milite au sein du Destour dont il découvre la vanité et l’inefficience. Il lui faut donc transformer, rajeunir et muscler ce parti.
Entouré d’un groupe de jeunes intellectuels, il provoque une dissidence et convoque, à Ksar Helal, en 1934, un congrès où est fondé le Néo-Destour.
Comme suite à la déposition du Bey, aucune poursuite judiciaire à l’encontre des membres de la famille régnante n’a été prise. Mais si aucun procès n’est engagé, le Bey, son héritier présomptif Chedli et ses fils, sont mis en résidence surveillée. Quand bien même la légitimité politique du chef du Néo-Destour, acquise de haute lutte, se substituerait, sans coup férir, à celle d’un monarque, devenu anachronique, le nouveau régime républicain a été bien accepté par la population.
Bourguiba, président désigné, est appelé à exercer sa charge, « dans les conditions actuelles jusqu’à la mise en vigueur de la Constitution ».
La monarchie abolie, il faut attendre deux ans pour voir la Constitution officiellement promulguée le 1er juin 1959. Celle-ci instaure un régime fort et présidentialiste qui garantit au peuple tunisien la liberté, l’égalité et la fraternité et qui décrète aux femmes tous les droits ainsi que l’enseignement obligatoire, pour les garçons comme pour les filles, jusqu’à l’âge de quatorze ans et gratuit pour tous.
Le 25 juillet 1957 marque un tournant historique pour la république proclamée. Ce jour symbolise le début d’une ère nouvelle, fondée sur les principes de souveraineté, de liberté et de modernité.
Depuis, cette date est l’occasion de célébrer les valeurs républicaines et les progrès accomplis dans les domaines de l’éducation, des droits civiques et de la culture.
Aussi, la jeune république, sous l’impulsion du président Bourguiba qui, grâce à son immense prestige et à ses choix avérés et judicieux, et dont le pays s’est imposé comme pays respectable et respecté, a joué, pleinement, son rôle au sein de l’ONU et de ses différents organismes : n’a-t-elle pas été, quatre ans seulement après son indépendance, présente lorsque le secrétaire général de l’ONU, feu Dag Hammarskjöld, lui demanda de participer au maintien de la paix au Congo-ex belge, lorsque quelques semaines après son indépendance, le 30 juin 1960, ce pays a connu des troubles et des rebellions mettant en danger la paix et la sécurité internationales? Et la Tunisie participa, malgré la situation aux frontières, suite à la guerre d’indépendance de l’Algérie, avec près de trois mille soldats, au rétablissement de l’ordre et au maintien de la paix dans cet immense pays. De plus, notre pays a, toujours, été présent pour répondre à l’appel du devoir, que ce soit par l’ONU ou par l’Organisation de l’unité africaine dont il a été l’un des membres fondateurs.
Et que vive la Tunisie éternelle, l’héritière de Carthage et de Kairouan.
B.B.K.
(*) Ancien sous-chef d’état-major de l’Armée de terre, ancien P.D.G., ancien gouverneur de Sidi Bouzid puis du Kef