Tunisie Numérique25 juillet : pourquoi la Tunisie célèbre-t-elle la fête de la République ?
Lire plus tardChaque 25 juillet, la Tunisie célèbre la fête de la République. Cette date est parfois confondue avec celle de l’indépendance, commémorée le 20 mars. Les deux anniversaires renvoient pourtant à deux étapes distinctes de la construction de l’État tunisien moderne. Le 20 mars 1956 marque

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Chaque 25 juillet, la Tunisie célèbre la fête de la République. Cette date est parfois confondue avec celle de l’indépendance, commémorée le 20 mars. Les deux anniversaires renvoient pourtant à deux étapes distinctes de la construction de l’État tunisien moderne.
Le 20 mars 1956 marque la fin du protectorat français et le rétablissement de la souveraineté tunisienne. Le pays demeure cependant, pendant encore seize mois, une monarchie dirigée par Lamine Bey.
C’est le 25 juillet 1957 que l’Assemblée nationale constituante abolit le régime monarchique, proclame la République tunisienne et confie les fonctions de chef de l’État à Habib Bourguiba.
En ce 25 juillet 2026, la Tunisie célèbre ainsi le 69e anniversaire de la proclamation de la République — une date devenue, au fil des décennies, bien davantage qu’un anniversaire institutionnel : plusieurs événements majeurs de l’histoire politique tunisienne se sont également produits un 25 juillet, lui donnant une portée symbolique particulièrement forte.
Ce que célèbre exactement le 25 juillet
La fête du 25 juillet ne commémore pas l’indépendance : elle célèbre le passage de la monarchie à la République.
Après l’indépendance du 20 mars 1956, la Tunisie prend officiellement la forme d’un royaume. Lamine Bey, dernier souverain de la dynastie husseinite — qui régnait depuis 1705 et avait traversé la période du protectorat français instauré en 1881 —, demeure à la tête de l’État, tandis que Habib Bourguiba dirige le gouvernement en qualité de président du Conseil.
Mais le rapport de force évolue vite. Le Néo-Destour domine les nouvelles institutions et l’Assemblée nationale constituante, élue le 25 mars 1956, est chargée de préparer une Constitution. Dans les mois qui suivent, plusieurs pouvoirs et privilèges de la monarchie sont progressivement réduits, et le débat sur la forme définitive de l’État devient inévitable.
La séance historique du Bardo
Le 25 juillet 1957, l’Assemblée nationale constituante se réunit en séance extraordinaire au palais du Bardo. Les députés adoptent une décision aux éléments fondamentaux : la monarchie est abolie, la Tunisie est proclamée République et Habib Bourguiba reçoit le titre de président de la République.
Cette décision constitue l’acte fondateur du régime républicain tunisien ; elle sera explicitement mentionnée dans la loi du 1er juin 1959 portant promulgation de la première Constitution. Il est donc plus exact de dire que l’Assemblée nationale constituante a proclamé la République, et non que Habib Bourguiba l’a fait seul : celui-ci, alors président du Conseil, est désigné pour exercer les fonctions de chef de l’État dans l’attente de l’organisation constitutionnelle définitive des pouvoirs publics.
Que devient Lamine Bey ?
Informé de la fin de la monarchie, le dernier souverain husseinite perd ses fonctions et quitte le palais de Carthage. La disparition du régime beylical met fin à plus de 250 années de règne de la dynastie husseinite.
La transition ne provoque pas de confrontation armée majeure. Elle constitue néanmoins une rupture profonde : la légitimité du pouvoir ne repose plus sur une dynastie, mais sur la République et les institutions censées représenter le peuple. Le Royaume de Tunisie devient la République tunisienne.
Une République proclamée avant sa Constitution
La République est proclamée le 25 juillet 1957, mais sa première Constitution n’est promulguée que le 1er juin 1959. Pendant près de deux ans, les pouvoirs publics fonctionnent dans un cadre provisoire.
La Constitution de 1959 confirme le caractère républicain de l’État et organise un régime présidentiel accordant une place centrale au chef de l’État. Habib Bourguiba devient le premier président de la République tunisienne.
Trois grandes étapes se distinguent ainsi :
le 20 mars 1956, la Tunisie obtient son indépendance ;
le 25 juillet 1957, la monarchie est abolie et la République proclamée ;
le 1er juin 1959, la première Constitution républicaine est promulguée.
20 mars, 25 juillet : deux significations
Le 20 mars célèbre la souveraineté retrouvée face à la puissance coloniale ; le 25 juillet, le choix du régime républicain et la fin de la monarchie.
L’indépendance répond à la question : qui gouverne la Tunisie ? La proclamation de la République en pose une autre : sous quelle forme politique la Tunisie doit-elle être gouvernée ? Les deux dates sont liées, mais non interchangeables. La première marque la naissance d’un État pleinement souverain ; la seconde définit la forme institutionnelle choisie pour cet État.
Les autres 25 juillet qui ont marqué la Tunisie
Au-delà de 1957, plusieurs tournants politiques se sont noués un 25 juillet, jusqu’à faire de cette journée un véritable repère de l’histoire républicaine.
25 juillet 1988 : la fin constitutionnelle de la présidence à vie
Moins d’un an après son arrivée au pouvoir, le président Zine El Abidine Ben Ali fait adopter, le 25 juillet 1988, une révision de la Constitution de 1959.
Cette réforme supprime la présidence à vie, instaurée au profit de Habib Bourguiba en 1975, et rétablit une limitation du nombre de mandats présidentiels : le chef de l’État n’est plus rééligible que deux fois consécutives. Cette limite sera à son tour supprimée lors de la révision constitutionnelle du 1er juin 2002.
Le choix du 25 juillet permet au nouveau pouvoir d’inscrire sa réforme dans la symbolique de la fondation républicaine.
25 juillet 2013 : l’assassinat de Mohamed Brahmi
Cinquante-six ans après la proclamation de la République, le 25 juillet devient une journée de deuil national. Ce jour-là, Mohamed Brahmi, député de l’Assemblée nationale constituante et figure de l’opposition, est assassiné par balles devant son domicile à l’Ariana.
Son assassinat survient moins de six mois après celui de Chokri Belaïd, tué le 6 février 2013. Il provoque une profonde crise politique et une vague de manifestations. De nombreux députés suspendent leur participation aux travaux de la constituante, et le sit-in du Bardo — le mouvement « Errahil » — réclame le départ du gouvernement. L’assassinat de Mohamed Brahmi reste l’un des événements les plus traumatisants de la transition ouverte après la révolution de 2011.
25 juillet 2019 : le décès de Béji Caïd Essebsi
Le 25 juillet 2019, le président Béji Caïd Essebsi décède à l’âge de 92 ans alors qu’il exerce encore ses fonctions — le jour même de la fête de la République.
La vacance de la présidence entraîne l’application des dispositions de la Constitution de 2014 : Mohamed Ennaceur, alors président de l’Assemblée des représentants du peuple, devient président par intérim, avant l’organisation d’une élection présidentielle anticipée. Au-delà de la disparition d’un chef de l’État, cette journée constitue un test pour les institutions issues de la révolution : malgré le caractère inédit de la situation, la transmission provisoire du pouvoir s’effectue selon les règles constitutionnelles en vigueur.
25 juillet 2021 : les mesures exceptionnelles de Kaïs Saïed
Deux ans plus tard, le 25 juillet redevient le centre de la vie politique tunisienne. Le soir même, dans un contexte de manifestations, de crise économique, de tensions institutionnelles et de forte pression sanitaire liée à la pandémie de Covid-19, le président Kaïs Saïed annonce une série de mesures exceptionnelles : la suspension des activités de l’Assemblée des représentants du peuple, la levée de l’immunité parlementaire de ses membres et le limogeage du chef du gouvernement Hichem Mechichi.
Le président affirme agir sur la base de l’article 80 de la Constitution de 2014. Le décret présidentiel du 29 juillet 2021 précise que toutes les compétences de l’Assemblée sont suspendues pour une durée initiale d’un mois à compter du 25 juillet ; les mesures seront ensuite prolongées.
25 juillet 2022 : le référendum constitutionnel
Un an jour pour jour après l’annonce des mesures exceptionnelles, les Tunisiens sont appelés à se prononcer par référendum sur un nouveau projet de Constitution, organisé le 25 juillet 2022.
Selon les résultats définitifs proclamés par l’Instance supérieure indépendante pour les élections, le projet obtient une large majorité des suffrages exprimés, mais le taux de participation demeure limité à un peu plus de 30 % des électeurs inscrits. La nouvelle Constitution est promulguée le 17 août 2022.
Elle modifie profondément l’équilibre des pouvoirs et renforce le rôle du président de la République par rapport au système de 2014, en prévoyant notamment son élection au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans.
Le choix du 25 juillet pour le scrutin n’est pas anodin : il inscrit le nouveau texte dans la symbolique de la fondation républicaine et dans la continuité du processus engagé le 25 juillet 2021.
Pourquoi cette date revient-elle si souvent ?
Tous les événements survenus un 25 juillet ne résultent évidemment pas d’un choix politique. L’assassinat de Mohamed Brahmi en 2013 et le décès de Béji Caïd Essebsi en 2019 sont des événements dont la date n’a pas été déterminée pour sa portée symbolique.
En revanche, la révision constitutionnelle de 1988, les décisions de 2021 et l’organisation du référendum de 2022 s’inscrivent clairement dans la charge historique du 25 juillet.
Cette date renvoie à la souveraineté nationale, à la naissance des institutions républicaines et à l’idée de refondation de l’État. La choisir pour engager une réforme ou soumettre une Constitution au vote permet de rattacher l’événement à l’acte fondateur de 1957 : la date devient alors un langage politique, capable de présenter une décision comme une continuation de la République, une correction de son fonctionnement ou le début d’une nouvelle étape.
Une même date, plusieurs mémoires
Pour les Tunisiens, le 25 juillet porte désormais plusieurs significations superposées : la fin de la monarchie et la proclamation de la République en 1957, la réforme constitutionnelle de 1988, l’assassinat de Mohamed Brahmi en 2013, le décès en fonction de Béji Caïd Essebsi en 2019, les mesures exceptionnelles de 2021 et le référendum de 2022. La même date concentre ainsi la naissance d’un régime, une révision majeure de la présidence, un assassinat politique, la disparition d’un président, une rupture institutionnelle et l’adoption d’une nouvelle Constitution.
Mais une République ne se résume pas à l’absence de roi ou de bey. Elle suppose des institutions, des règles de transmission du pouvoir, une participation des citoyens, une justice et des droits. Or, depuis 1957, son organisation a profondément changé : la Constitution de 1959 a établi un régime fortement présidentiel, celle de 2014 a instauré un partage plus large du pouvoir exécutif, celle de 2022 a de nouveau renforcé la fonction présidentielle.
La fête du 25 juillet commémore donc un événement précis, mais invite aussi à réfléchir au contenu concret du régime républicain.
Une date centrale de l’histoire tunisienne
Le 25 juillet 1957, la Tunisie ne devient pas indépendante : elle l’est déjà depuis le 20 mars 1956. Elle devient une République. Cette distinction est essentielle pour comprendre la fête nationale célébrée chaque année.
Depuis, le hasard de l’histoire et les choix des dirigeants ont chargé cette journée de significations nouvelles : date de fondation, de deuil, de transmission du pouvoir, de rupture politique et de réorganisation constitutionnelle.
Soixante-neuf ans après la séance historique du Bardo, le 25 juillet demeure l’un des principaux repères de la mémoire politique tunisienne.
Les dates à retenir
20 mars 1956 : indépendance de la Tunisie.
25 mars 1956 : élection de l’Assemblée nationale constituante.
25 juillet 1957 : abolition de la monarchie et proclamation de la République.
1er juin 1959 : promulgation de la première Constitution républicaine.
25 juillet 1988 : révision constitutionnelle supprimant la présidence à vie.
25 juillet 2013 : assassinat de Mohamed Brahmi.
25 juillet 2019 : décès du président Béji Caïd Essebsi.
25 juillet 2021 : annonce des mesures exceptionnelles par Kaïs Saïed.
25 juillet 2022 : référendum sur une nouvelle Constitution.
17 août 2022 : promulgation de la Constitution adoptée après le référendum.
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