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Leadership, responsabilité et autorité légitime - Kapitalis

Un manager protège ses collaborateurs de la foudre extérieure ; il endosse l’erreur collective face au monde.

Leadership, responsabilité et autorité légitime - Kapitalis

Un manager protège ses collaborateurs de la foudre extérieure ; il endosse l’erreur collective face au monde, quitte à corriger la trajectoire et à instruire ses équipes à l’abri des regards. Il ne se défausse pas sur ses collaborateurs, mais assume ses responsabilités et accepte d’être le dernier rempart lorsque la tempête se lève. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que naît l’autorité légitime.

Elyes Kasri *

Il est une phrase, gravée autrefois sur un simple chevalet de verre au cœur du Bureau ovale, qui résume à elle seule la solitude et la grandeur du pouvoir : «The buck stops here». C’est ici que s’arrêtent les responsabilités.

En quelques mots, le président américain Harry Truman rappelait une vérité que notre époque feint parfois d’oublier : mener les hommes n’est pas une affaire de privilèges, mais un exercice d’imputabilité absolue.

Le véritable leader n’est pas celui qui trône au sommet pour récolter les honneurs, mais celui qui accepte d’être le dernier rempart lorsque la tempête se lève.

Pourtant, la tentation est grande, face à l’échec, de chercher un coupable dans les angles morts de l’organisation. C’est le jeu séculaire du blâme, cette manie de renvoyer la balle à un subordonné, d’accuser la conjoncture ou d’invoquer la fatalité des outils.

Mais ce jeu a un coût invisible et destructeur. Dès lors qu’un dirigeant se défile, c’est tout l’édifice de la confiance qui s’effondre. Les collaborateurs tétanisés par la peur du faux pas, cessent d’innover, se murent dans le silence et apprennent à leur tour l’art d’esquiver.

Dire «j’assume» ne serait pas un aveu de faiblesse, mais plutôt un acte de courage souverain. Cela exige une force de caractère rare : celle de trancher dans l’incertitude sans attendre le confort d’un consensus tiède, et celle, plus noble encore, de faire écran.

Un manager protège ses collaborateurs de la foudre extérieure ; il endosse l’erreur collective face au monde, quitte à corriger la trajectoire et à instruire ses équipes à l’abri des regards. C’est à ce prix, et à ce prix seulement, que naît l’autorité légitime.

Lorsque la responsabilité est ainsi incarnée au sommet, l’atmosphère d’une entreprise se métamorphose. Libérés du poids de la suspicion, les esprits s’ouvrent à l’audace. On ne cherche plus à masquer les failles, mais à les réparer ensemble.

En acceptant d’être le lieu géométrique où s’arrêtent les excuses, le leader offre à ses équipes le plus précieux des espaces : celui de la liberté et de la dignité.

Le leadership, en fin de compte, n’est pas une science de la gestion, c’est une philosophie de l’engagement.

* Ancien ambassadeur.

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