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Yémen : les Houthis visent des sites d’Aramco après des raids dans trois gouvernorats

Lire plus tardLe mouvement yéménite Ansar Allah, plus connu sous le nom de Houthis, a annoncé avoir lancé une vaste attaque contre des installations de la compagnie pétrolière Saudi Aramco à Jizan et Yanbu, sur la côte occidentale de l’Arabie saoudite. Cette opération intervient après des frappes aé

Yémen : les Houthis visent des sites d’Aramco après des raids dans trois gouvernorats

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Le mouvement yéménite Ansar Allah, plus connu sous le nom de Houthis, a annoncé avoir lancé une vaste attaque contre des installations de la compagnie pétrolière Saudi Aramco à Jizan et Yanbu, sur la côte occidentale de l’Arabie saoudite. Cette opération intervient après des frappes aériennes menées contre des positions houthies dans les gouvernorats yéménites de Hodeïda, Marib et Al-Jawf.

Cette nouvelle escalade menace de rouvrir pleinement le front entre les Houthis et l’Arabie saoudite, après plus de quatre années d’accalmie relative. Elle intervient également dans un contexte régional marqué par la guerre impliquant l’Iran et les États-Unis, ainsi que par les perturbations de la navigation dans le détroit d’Ormuz.

Des missiles et des drones lancés vers Jizan et Yanbu

Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a affirmé que son mouvement avait pris pour cible des installations « sensibles » appartenant à Saudi Aramco dans les villes de Jizan et Yanbu.

Selon la déclaration houthie, l’opération a mobilisé des dizaines de missiles balistiques, de missiles de croisière et de drones. Le porte-parole a assuré que les objectifs avaient été atteints, sans fournir de bilan matériel détaillé ni d’images permettant de vérifier l’étendue des dommages.

Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux et authentifiée par Reuters montre néanmoins une importante colonne de fumée s’élevant dans la direction de la raffinerie Aramco de Jizan. Deux sources asiatiques actives dans le commerce pétrolier ont également indiqué avoir été informées de possibles dégâts sur des installations de stockage de pétrole et de carburant. Saudi Aramco n’avait pas officiellement commenté ces informations au moment de leur publication.

À Yanbu, deux missiles balistiques visant des installations pétrolières ont été interceptés par une batterie Patriot de fabrication américaine, exploitée en Arabie saoudite par des militaires grecs dans le cadre d’un accord conclu avec Riyad, selon des sources sécuritaires grecques.

Des alertes déclenchées en Arabie saoudite

La Défense civile saoudienne a indiqué que des alertes avaient été déclenchées à plusieurs reprises tôt samedi dans les régions de Jizan et de Yanbu, avant d’annoncer la fin du danger potentiel.

Les autorités saoudiennes n’ont pas immédiatement publié de bilan général des interceptions ni confirmé officiellement les dommages revendiqués par les Houthis.

Jizan se trouve à proximité de la frontière yéménite et abrite une raffinerie d’une capacité d’environ 400 000 barils par jour. Yanbu est, pour sa part, le principal terminal pétrolier saoudien sur la mer Rouge, où plusieurs millions de barils peuvent être chargés quotidiennement.

L’importance de Yanbu s’est encore accrue avec les perturbations de la navigation dans le détroit d’Ormuz. Le pétrole extrait dans l’est du royaume peut être transporté par oléoduc vers la côte de la mer Rouge, puis exporté sans traverser le détroit.

Une attaque durable contre Yanbu pourrait donc affecter l’une des principales voies alternatives utilisées par l’Arabie saoudite pour maintenir ses exportations énergétiques.

« Le blocus par le blocus »

Les Houthis présentent leurs attaques comme une réponse aux opérations militaires et aux restrictions qu’ils accusent l’Arabie saoudite d’imposer aux territoires placés sous leur contrôle.

Yahya Saree a déclaré que son mouvement n’hésiterait pas à intensifier ses actions en fonction de l’évolution de la situation. Les Houthis affirment désormais appliquer une formule résumée par les expressions : « le blocus par le blocus » et « l’escalade par l’escalade ».

Le mouvement avait annoncé, le 20 juillet, l’instauration d’un « blocus maritime » visant l’Arabie saoudite. Dans un message adressé aux compagnies de navigation, il avait averti que les navires chargeant ou déchargeant des marchandises dans les ports saoudiens pourraient être pris pour cible.

Le dirigeant houthi Abdelmalek Al-Houthi avait également averti que les installations pétrolières saoudiennes pourraient devenir des cibles en cas d’intervention accrue de Riyad dans le conflit régional.

Cette escalade fait suite à une attaque revendiquée plus tôt en juillet contre l’aéroport international d’Abha, menée au moyen de missiles et de drones. Les Houthis affirmaient alors répondre à une attaque contre l’aéroport de Sanaa, une version contestée par l’Arabie saoudite.

Des raids dans les gouvernorats de Marib et d’Al-Jawf

Sur le territoire yéménite, l’aviation relevant du gouvernement internationalement reconnu et soutenu par l’Arabie saoudite a mené des frappes contre des positions houthies dans les gouvernorats de Marib et d’Al-Jawf.

Selon des responsables militaires yéménites cités par Reuters, les attaques ont visé des plateformes de lancement de missiles et de drones ainsi que des dépôts d’armes situés le long des lignes de front.

La télévision officielle yéménite a notamment évoqué des frappes dans les secteurs d’Al-Jouba, Majzar et Al-Safra. Elle a affirmé que plusieurs combattants houthis, parmi lesquels des spécialistes du lancement de missiles, avaient été tués.

Ce bilan n’a pas été confirmé par une source indépendante.

Les opérations surviennent alors que les forces gouvernementales et les Houthis auraient renforcé leurs positions sur une ligne de front allant de la côte de la mer Rouge jusqu’à la frontière saoudienne. Des responsables et analystes yéménites décrivent les préparatifs militaires actuels comme les plus importants observés depuis la trêve de 2022.

La coalition frappe à Hodeïda

Le troisième gouvernorat touché par les raids est celui de Hodeïda, sur la côte occidentale du Yémen.

La coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite a déclaré avoir mené une « réponse militaire proportionnée » contre des objectifs houthis qu’elle présente comme directement liés aux menaces visant les navires commerciaux en mer Rouge.

Son porte-parole, le général Turki Al-Maliki, a assuré que les frappes avaient visé des objectifs militaires considérés comme légitimes et que le port de Hodeïda n’avait pas été attaqué.

Selon la coalition, les ports yéménites restent ouverts à la navigation commerciale et à l’acheminement de l’aide humanitaire. Elle affirme vouloir protéger les navires, les intérêts saoudiens et les voies maritimes internationales.

Les médias contrôlés par les Houthis ont présenté une version différente. Ils ont affirmé que plusieurs raids avaient touché la ville de Hodeïda, l’île de Kamaran et des installations appartenant à l’organisme public des télécommunications.

Le ministère de la Santé contrôlé par les Houthis a fait état de deux blessés. La coalition a nié avoir pris pour cible le port, affirmant avoir uniquement frappé des sites militaires associés aux attaques contre la navigation.

Un navire saoudien endommagé en mer Rouge

L’escalade militaire a été précédée par plusieurs attaques contre des navires liés à l’Arabie saoudite.

L’Autorité générale saoudienne des transports a annoncé que le navire NCC MASA avait été pris pour cible vendredi pendant sa navigation en mer Rouge. L’attaque a provoqué des dégâts légers sur la coque.

Après vérification, le navire a pu poursuivre sa route. Les membres de l’équipage sont sains et saufs, selon l’agence de presse saoudienne SPA.

Les Houthis avaient également revendiqué des attaques contre deux pétroliers saoudiens, présentées comme une première application de leur blocus maritime.

Riyad considère ces opérations comme une violation des règles internationales garantissant la sécurité des navires commerciaux et de leurs équipages.

Bab Al-Mandeb, un passage stratégique menacé

Les nouvelles menaces houthies concernent directement le détroit de Bab Al-Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d’Aden.

Environ 12 % du commerce mondial, dont près du quart du trafic international de conteneurs, emprunte ce passage maritime situé entre le Yémen et la Corne de l’Afrique.

La menace est particulièrement sensible pour l’Arabie saoudite. Avec les difficultés de navigation dans le détroit d’Ormuz, la mer Rouge est devenue une voie essentielle pour ses exportations de pétrole.

La mise sous pression simultanée d’Ormuz et de Bab Al-Mandeb ferait peser un risque majeur sur l’approvisionnement énergétique, le transport maritime et les coûts d’assurance.

Les tensions ont déjà contribué à faire remonter le prix du Brent au-dessus de 100 dollars le baril, pour la première fois depuis mai.

Le gouvernement yéménite accuse les Houthis de servir l’Iran

Le président du Conseil de direction présidentiel yéménite, Rachad Al-Alimi, a accusé les Houthis de « jouer avec les intérêts du peuple yéménite » et d’entraîner le pays dans des crises successives au service de l’agenda du régime iranien.

Il a estimé que la poursuite de l’escalade ne ferait qu’épuiser davantage les ressources restantes du pays, sans modifier la volonté des Yéménites de restaurer les institutions de l’État.

Al-Alimi a déclaré que son gouvernement travaillerait étroitement avec la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et avec ses partenaires internationaux pour protéger les voies navigables, dissuader les menaces et lutter contre le terrorisme, la contrebande et la criminalité organisée.

Le gouvernement yéménite a également soutenu la réponse militaire menée contre les positions houthies, affirmant que celle-ci avait été limitée à des objectifs militaires liés aux menaces contre la navigation.

Téhéran appelle au dialogue

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a rejeté l’idée d’une solution militaire au conflit yéménite et à la crise de Bab Al-Mandeb.

Il a appelé à régler ces dossiers par la diplomatie et le dialogue, affirmant que l’Iran était prêt à jouer un rôle constructif et que l’Arabie saoudite connaissait la position de Téhéran.

Araghchi a cependant repris l’accusation selon laquelle le Yémen vivrait sous un blocus. Il a présenté les mesures annoncées par les Houthis comme une tentative de briser ce siège, tout en rejetant les accusations faisant de l’Iran la cause principale de la crise yéménite.

Les autorités yéménites et saoudiennes accusent régulièrement l’Iran de fournir aux Houthis des armes, des technologies et un soutien militaire. Téhéran affirme soutenir politiquement le mouvement, mais conteste diriger ses décisions.

Les efforts de médiation en difficulté

L’émissaire spécial des Nations unies pour le Yémen, Hans Grundberg, a indiqué être revenu de deux visites à Oman, entrecoupées par un déplacement en Arabie saoudite, afin de discuter des moyens de réduire les tensions et de renforcer la stabilité.

Il a reconnu que les derniers événements poussaient le Yémen dans la direction opposée et constituaient d’abord un revers pour la population yéménite.

Grundberg a assuré que ses efforts se poursuivaient et que les Nations unies restaient prêtes à aider les différentes parties à inverser la dynamique actuelle.

La guerre civile yéménite, commencée en 2014, avait connu une accalmie importante à partir de la trêve conclue en 2022. Celle-ci n’avait pas abouti à un accord de paix définitif, mais elle avait considérablement réduit les affrontements directs entre les Houthis et la coalition.

Les frappes dans trois gouvernorats, les attaques contre les installations pétrolières et les menaces visant Bab Al-Mandeb montrent que cet équilibre précaire est désormais gravement menacé.

Le risque n’est plus seulement celui d’une reprise de la guerre au Yémen. Il est celui de voir le conflit yéménite se fondre dans une confrontation régionale plus vaste, touchant simultanément les infrastructures énergétiques saoudiennes, les routes commerciales de la mer Rouge et les équilibres entre Riyad et Téhéran.

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