Forêts incendiés en Tunisie : jusqu’à 80 ans pour se régénérer
Plus de 4 000 hectares de couvert forestier sont partis en fumée en Tunisie depuis le 10 juillet, soit près du double des superficies ravagées à la même

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Société
Forêts incendiés en Tunisie : jusqu’à 80 ans pour se régénérer
Imen Haouari
25 juillet 2026
5 min de lecture
Plus de 4 000 hectares de couvert forestier sont partis en fumée en Tunisie depuis le 10 juillet, soit près du double des superficies ravagées à la même période l’an dernier. De Bizerte au Kef, les incendies ont détruit des milliers d’arbres, parfois centenaires, décimé des habitats naturels et fragilisé des activités économiques dont dépendent de nombreuses familles. Alors que la chaleur, la sécheresse et les vents favorisent la propagation des flammes, l’ampleur des dégâts pose une question cruciale : combien de temps faudra-t-il pour que ces écosystèmes se régénèrent et retrouvent leur équilibre ?
Plus de 4 000 hectares de couvert forestier ont été ravagés par les incendies en Tunisie depuis le 10 juillet dernier, soit près de 2 000 hectares de plus que l’année précédente, provoquant d’importants dégâts environnementaux et un véritable désastre écologique.Les incendies les plus dévastateurs ont notamment touché plusieurs zones forestières des gouvernorats de Bizerte et du Kef. Dans la région de Bizerte, les flammes se sont propagées entre Nadhour et Sidi Ali Mekki, ravageant des milliers d’arbres, dont certains centenaires, ainsi que des habitats naturels abritant une importante flore et faune riche et diversifiée.
Au Kef, les incendies ont notamment ravagé la forêt du mont Touila, à Nebeur, ainsi que celle du mont Takrouna, à Sakiet Sidi Youssef. Les opérations d’extinction ont été rendues particulièrement difficiles en raison du relief accidenté et de la présence d’espèces arboricoles inflammables, comme le pin d’Alep.
D’importants moyens ont été mobilisés pour tenter de contenir les flammes, avec l’intervention de plus d’une vingtaine de camions-citernes de la Protection civile, en plus des équipements mobilisés par les collectivités locales et l’armée. Malgré ces efforts, l’ampleur des incendies a une nouvelle fois mis en évidence la vulnérabilité du patrimoine forestier tunisien face à l’intensification du risque d’incendie.
La multiplication des épisodes caniculaires en Méditerranée, combinée à la sécheresse et aux vents chauds, ont créé des conditions particulièrement favorables au déclenchement et à la propagation rapide des feux de forêt. À ces facteurs climatiques s’ajoutent les comportements humains, qui peuvent parfois être à l’origine de départs de feu. Un simple mégot de cigarette jeté dans une végétation sèche, un feu de camp mal éteint ou une imprudence dans une zone forestière peuvent provoquer des incendies aux conséquences dramatiques.
Si les causes exactes de ces incendies restent, aujourd’hui, à déterminer, leur impact économique et environnemental est considérable, se répercutant directement sur les activités économiques locales et les moyens de subsistance de nombreuses familles.
Des conséquences économiques et environnementales lourdes
À Bizerte, des restaurants touristiques en bord de mer et se trouvant à proximité de la forêt où le gigantesque incendie s’est déclaré ont été totalement détruits. Les pertes matérielles importantes occasionnées menacent directement les emplois de leurs salariés ainsi que les revenus de leurs familles.
Dans les zones forestières du Kef, les conséquences sont également importantes pour les communautés locales. La collecte, la transformation et la commercialisation des plantes aromatiques et médicinales constituent une source de revenus pour plusieurs familles et alimentent de petites activités liées à la production d’huiles essentielles, d’essences aromatiques et de produits cosmétiques.
La destruction de milliers de plantes aromatiques dans ces zones incendiées risque de fragiliser durablement cette économie locale. Le bilan écologique est également désastreux. Selon un militant écologiste qui est intervenu sur une radio privée, il faudra entre 30 et 80 ans pour que les couverts forestiers qui ont été incendiés se régénèrent totalement après leur reboisement.
Face à la multiplication des incendies de forêt, de nombreux pays comme l’Australie, les Etats–Unis, la Grèce et l’Espagne ont renforcé leurs stratégies de prévention. Parmi les principales mesures adoptées figurent le débroussaillement, l’entretien régulier des espaces forestiers et la création de coupe-feux afin de limiter la propagation des incendies. La surveillance des zones à risque repose également de plus en plus sur l’utilisation de satellites, de drones et de caméras, ainsi que sur la mise en place de systèmes d’alerte précoce permettant de détecter rapidement les départs de feu.
Pour la Tunisie, confrontée à des incendies de forêt de plus en plus fréquents et intenses, ces expériences pourraient servir de référence pour élaborer un plan national de restauration post-incendie. Celui-ci pourrait notamment prévoir un inventaire précis des dégâts causés à la flore et à la faune, l’identification et la protection des espèces menacées, le reboisement des forêts touchées à partir de variétés locales ainsi qu’un suivi scientifique des écosystèmes sur plusieurs années.
L’enjeu est désormais de dépasser la seule gestion de l’urgence pour inscrire la lutte contre les incendies dans une stratégie nationale de long terme, incluant plusieurs composantes, dont la prévention, la surveillance, la restauration et l’adaptation au changement climatique afin de protéger durablement le patrimoine forestier tunisien.