Fête de la République : la LTDH appelle au dialogue et à la libération des prisonniers politiques
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Concentration des pouvoirs, atteintes aux libertés, difficultés économiques et sociales : la Ligue tunisienne des droits de l’Homme (LTDH) livre un constat sévère de la situation du pays et estime que les principes mêmes sur lesquels repose la République sont aujourd’hui mis à l’épreuve.
La LTDH a publié, samedi 25 juillet 2026, un communiqué à l’occasion du 69e anniversaire de la proclamation de la République, dans lequel elle s’interroge sur les acquis réalisés au regard des principes fondamentaux du régime républicain, plus de quinze ans après la révolution et cinq ans après ce qu’elle décrit comme une concentration absolue du pouvoir entre les mains du président Kaïs Saïed.
L’organisation estime que l’ouverture par le pouvoir d’un « dialogue sérieux avec les composantes politiques et civiles », ainsi que la libération des « prisonniers politiques, journalistes, avocats et de tous les citoyens détenus en raison de leurs opinions ou de leurs appartenances » pourraient constituer des mesures susceptibles de « redonner espoir » et de reconstruire la confiance entre les citoyens et les institutions de l’État.
La ligue appelle, plus largement, les forces attachées à l’État de droit et aux institutions à privilégier les mécanismes de l’État civil pour résoudre les différends et à œuvrer au dépassement de ce qu’elle décrit comme un climat actuel de tensions et de divisions.
Un constat sévère sur les droits et les institutions
Dans son communiqué, la LTDH considère que le principe de souveraineté populaire est aujourd’hui mis à mal. Elle dénonce une concentration des pouvoirs entre les mains de la présidence de la République, l’absence, selon elle, d’une séparation effective des pouvoirs et la non-mise en place d’une Cour constitutionnelle.
L’organisation met également en cause ce qu’elle considère comme une instrumentalisation de la justice et de textes répressifs portant atteinte aux droits individuels et collectifs. Elle évoque les poursuites et arrestations visant des journalistes, des avocats et des défenseurs des droits humains, ainsi que les restrictions qui pèseraient sur les associations de la société civile.
La LTDH affirme par ailleurs que des dizaines de Tunisiens sont actuellement incarcérés dans des conditions qu’elle qualifie d’« inhumaines », pour des accusations à caractère politique ou en raison d’opinions qui, selon ses termes, « ne plaisent pas au pouvoir exécutif ».
La ligue dit ainsi être profondément préoccupée par la poursuite des atteintes aux droits et libertés. Elle rappelle que la liberté d’expression, de la presse et des médias, le droit d’organisation et de rassemblement pacifique, l’indépendance de la justice et les garanties d’un procès équitable constituent, à ses yeux, « des fondements essentiels de tout régime républicain démocratique ».
Elle alerte également sur la propagation de discours de haine, d’accusations de trahison et de menaces visant les opposants.
De la crise politique aux difficultés du quotidien
La LTDH ne limite toutefois pas son constat aux libertés publiques. Elle relie la situation des droits humains aux difficultés économiques et sociales auxquelles fait face une partie de la population.
Elle pointe notamment la baisse du pouvoir d’achat, la détérioration des services publics et les difficultés croissantes rencontrées par de nombreux Tunisiens pour assurer les conditions d’une vie digne. La récente vague de chaleur a, selon elle, mis en évidence les difficultés de l’État à garantir des services aussi essentiels que l’approvisionnement en eau et en électricité.
La Ligue évoque également la pollution, notamment à Gabès, ainsi que les difficultés rencontrées face aux catastrophes naturelles, citant les incendies qui touchent actuellement plusieurs régions du pays et qui ont, selon elle, ravagé des milliers d’hectares.
Pour la LTDH, les droits civils et politiques ne peuvent être dissociés des droits économiques et sociaux. Elle souligne que le droit à la liberté et à la dignité est indissociable du droit au travail, à la santé, à l’éducation, au transport, au logement et à une vie digne. Elle appelle ainsi à des politiques publiques faisant de la justice sociale, de l’égalité des chances et du développement équilibré entre les régions et les différentes catégories de la population des priorités.
« Pas de République sans droits et libertés »
69 ans après la proclamation de la République, la LTDH estime que cet anniversaire doit être l’occasion d’interroger la réalité des principes sur lesquels repose le régime républicain.
Elle cite notamment la souveraineté du peuple comme source de légitimité, l’alternance pacifique au pouvoir, l’État de droit, la séparation des pouvoirs ainsi que la garantie des libertés fondamentales, publiques et privées, sans discrimination.
Pour sortir de la situation actuelle, l’organisation plaide pour des politiques publiques fondées sur les institutions, le dialogue, la non-exclusion et l’association des forces sociales et de la société civile à la recherche de solutions réalistes et durables.
La LTDH réaffirme enfin son attachement à son rôle historique dans la défense des droits humains, de l’État de droit, des libertés, de la dignité, de la justice et de l’égalité. Pour elle, la célébration de la Fête de la République ne doit pas se limiter à la commémoration d’un événement historique, mais constituer « une occasion de revoir la réalité politique et sociale » et de rappeler la responsabilité collective dans la défense des valeurs et des institutions de la République.
I.N.