« Liberté ! Dégage ! » : le centre-ville de Tunis retrouve les accents de la contestation
« Liberté ! Dégage ! » : le centre-ville de Tunis retrouve les accents de la contestation - DERNIÈRES NEWS Business News

« Dégage ! », « Liberté ! », « Le peuple veut la chute du régime ! » Les slogans résonnent à nouveau dans les rues du centre-ville de Tunis. Cinq ans après le 25 juillet 2021, plusieurs centaines de manifestants se sont donné rendez-vous, ce vendredi 25 juillet, place de la République, au Passage, pour dénoncer le bilan du président Kaïs Saïed et réclamer la fin d’un pouvoir qu’ils jugent autoritaire.
Drapeaux tunisiens à la main, pancartes brandies et voix couvertes par les sifflets et les applaudissements, le cortège s’est progressivement mis en marche dans une ambiance à la fois déterminée et grave. Parmi les manifestants, des militants politiques, des défenseurs des droits humains, des syndicalistes, des figures de la société civile, mais aussi de nombreux citoyens venus sans appartenance partisane, mus par le sentiment que la Tunisie s’enfonce chaque jour davantage dans une crise politique, économique et sociale sans précédent.
Au rythme des slogans, les manifestants dénoncent un pouvoir qui, selon eux, a échoué sur tous les fronts. Ils rappellent les promesses de prospérité, de justice sociale et de lutte contre la corruption qui avaient accompagné l’arrivée de Kaïs Saïed au pouvoir et estiment qu’elles ont laissé place à un pays confronté aux pénuries, aux coupures d’eau et d’électricité, à la flambée du chômage, à l’effondrement de l’investissement et au départ massif des jeunes et des compétences.
Mais au-delà de la crise économique, c’est surtout la question des libertés qui domine cette mobilisation. Les manifestants dénoncent les poursuites visant les opposants politiques, les avocats, les journalistes, les militants et les acteurs de la société civile. Ils fustigent un climat de peur, la multiplication des arrestations et ce qu’ils considèrent comme une instrumentalisation de la justice pour faire taire les voix dissidentes.
Les slogans fusent : « Liberté ! », « Le peuple veut la chute du régime ! », « Travail, liberté, dignité nationale ! » ou encore « Ça suffit le gâchis ! », devenu le mot d’ordre de cette journée symbolique.
Pour les participants, le choix de la date n’a rien d’anodin. Le 25 juillet est à la fois la fête de la République et le cinquième anniversaire du coup de force de 2021. Cinq années qui, selon eux, ont vu les institutions s’effacer, les contre-pouvoirs disparaître et les acquis démocratiques s’éroder au profit d’un exercice solitaire du pouvoir.
À mesure que le cortège progresse dans les artères du centre-ville, les slogans continuent de résonner entre les immeubles. Dans une capitale placée sous une chaleur écrasante, les manifestants veulent faire entendre un même message : cinq ans après le 25-Juillet, ils refusent que l’exception soit devenue la norme et entendent rappeler que, pour eux, la République ne peut exister sans libertés, sans justice et sans institutions démocratiques.
R.B.H